Les Expos Universelles et la promotion de la paix, Interview de Pr. Federico Mayor

Expo Universelle Shanghai 2010

Les drapeaux des pays participants à Expo Shanghai 2010

 

Favoriser la coopération entre les pays est la mission principale Expos. Au-delà de divertir des millions de spectateurs, l'objectif de ces méga événements et de créer une plateforme de dialogue neutre grâce à laquelle la communauté internationale, le secteur privé, les ONG et les citoyens peuvent réfléchir ensemble aux plus grands enjeux du monde. Pour le BIE, c'est la seule façon de résoudre les plus importantes questions de l'humanité.

Derrière cet objectif de coopération, se trouve l'ambition de promouvoir la paix entre les nations. A l'occasion de la Journée Internationale de la Paix célébrée dimanche dernier dans le monde entier, nous avons interrogé le pacifiste Pr. Federico Mayor Zaragora sur les défis à relever pour atteindre une paix globale et comment les Expos peuvent aider.

 

BIE : M. Federico Mayor Zaragoza, vous avez été Directeur Général de l'UNESCO pendant 12 ans avant de créer en 2000 la Fondation pour une Culture de Paix (Fundacion para una cultura de Paz). Qu'est-ce qui vous a motivé à ouvrir cette fondation ?

Federico Mayor Zaragoza : Je voulais continuer à promouvoir la mission fondamentale de l'UNESCO : faciliter la transition d'une culture ancestrale de la domination, de la violence et de la guerre vers une culture du dialogue, de l'échange, de l'alliance et de la paix.

 

Quel est le principal obstacle à la culture de paix et comment les Expos peuvent-elles faciliter la transition? 

Le point commun de toutes les nations du monde pour autant que je m'en souvienne, c'est la culture de la guerre. Inspiré par la locution «Si vis pacem, para bellum» (si tu veux la paix, prépare la guerre), le pouvoir masculin absolu a toujours envisagé la guerre. C'est inacceptable que plus de 3 milliards de dollars soient investis tous les jours dans des armes et des dépenses militaires alors que 50 000 personnes meurent de faim, dont la majorité sont des enfants entre 1 et 5 ans.  Nous devons  investir dans ce qui importe réellement, comme arrêter la diffusion du virus Ebola ou faciliter l'accès au traitements contre le SIDA. Les Expositions Universelles peuvent aider à sensibiliser et changer les façons de penser.

 

Depuis plusieurs années, la Société Civile occupe une place de plus en plus importante dans les Expos. A la lumière de votre expérience de diplomate et votre position actuelle de directeur d'ONG, comment expliqueriez-vous cette évolution?

Les citoyens sont passés de spectateurs silencieux et apeurés à de véritables acteurs oeuvrant pour une nouvelle prise de conscience. Dans quelques années, grâce aux technologies de l'information et la communication, le pouvoir citoyen pourrait devenir réellement décisif. Le pouvoir croissant des femmes est également crucial. Les femmes ont un plus grand respect pour la vie et sont moins enclines à la violence. Elles peuvent contribuer grandement à la promotion de la paix. C'est pour ces raisons que je pense que la transition de la force à la parole n'est pas si loin.

 

Les Expos et votre fondation partagent un objectif commun : l'éducation. En quoi est-ce essentiel à la création d'un monde plus juste et plus solidaire ?

Le premier article de la convention de l'UNESCO afirme que l'éducation c'est assurer que tous les êtres humains sont « libres et responsables ». C'est fondamental pour éclaircir le futur sombre qui est devant nous et trouver des solutions « sans précédent » à des situations « sans précédent », pour emprunter les mots d 'Amin Maalouf.

 

Vous avez écrit sur la protection de l'océan, le droit des femmes, la peine de mort, le changement climatique, entre autres. Quels enjeux mondiaux pensez-vous que les Expos futures devraient adresser ?

Je pense que les enjeux les plus intéressants seraient ceux qui sont liés aux priorités globales comme l'alimentation (sujet d'Expo Milan 2015. ndlr), l'eau (sujet d'expo Zaragoza 2008. ndlr), la santé, l'environnement et la paix. Ces enjeux ne seront pas résolus par une économie de la spéculation, de la délocalisation et de la guerre mais par une économie basée sur un développement humain et durable global. Les Expos peuvent, sans aucun doute, contribuer grandement à cette transition.