La première Exposition Universelle

La première Exposition Universelle, « L’Exposition des œuvres de l'industrie de toutes les nations », plus communément connue comme la Grande Exposition de 1851, s’est déroulée à Londres du 1er mai au 11 octobre 1851. Au cœur de la révolution industrielle, cette Exposition fut l'occasion pour les participants, britanniques et internationaux, de mettre en valeur le progrès humain, et ce notamment dans le domaine de l'industrie et de la technologie.

L’Exposition qui réunit 25 pays participants, était organisée par le Prince consort Albert, époux de la Reine Victoria, et Sir Henry Cole, un jeune fonctionnaire passionné d’arts et d’industries. Les deux hommes avaient le soutien de la Société Royale d'encouragement des Arts, des Manufactures et du Commerce (Royal Society for the Encouragement of Arts, Manufactures and Commerce), dont le Prince était alors président. Ayant été inspirés par « l'Exposition industrielle » française de 1844, les deux hommes avaient souhaité organiser un événement similaire mais à plus grande échelle pour que « toutes les nations » y soient présentes afin d'éduquer le grand public aux progrès techniques et de montrer les réalisations britanniques au monde.

Le 30 juin 1849, Buckingham Palace avait confirmé qu’une Exposition Internationale se tiendrait, sous les auspices de la Commission Royale pour l’Exposition 1851 présidée par le Prince Albert.

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Le Crystal Palace

Le Crystal Palace, une immense et majestueuse structure de fer et de verre spécialement construite pour l'événement à Hyde Park, accueillit cette première Exposition Universelle. Le comité chargé de l’organisation avait besoin d'un bâtiment peu coûteux, suffisamment spacieux pour accueillir les expositions et les milliers de visiteurs. Le bâtiment devait par ailleurs, pouvoir être démonté après l’Exposition. Après avoir rejeté plus de 200 propositions, le comité avait retenu la proposition d’un architecte paysagiste et horticulteur, Joseph Paxton, connu pour la construction de serres.

S'étendant sur 563 mètres de long et 124 mètres de large, l'immense structure de fer et de verre, de par sa conception modulaire et grâce aux composants préfabriqués et de taille standard utilisés, fut construite en seulement quelques mois. Avec plus de 300 000 vitres, la structure offrait alors aux participants un immense espace de 92 000 m2 éclairé naturellement pour qu’ils y présentent leurs inventions, leurs arts, leurs produits et leurs idées.

Nouvelle ère et grand public

Premier événement international organisé à cette échelle, l'Exposition mit en lumière les changements sociaux et fut le berceau de nouvelles idées et de perspectives novatrices. Dans une société victorienne aux groupes de statut très stratifiés, l'Exposition constitua un moment inédit, au sein d’un même endroit où était réuni un large public. Le développement concomitant du réseau ferroviaire au Royaume-Uni, permit de plus à de nombreuses personnes de s’y rendre, favorisant ainsi largement une certaine forme de mixité sociale. Le prix initial du billet ne permettait pas à la classe ouvrière de visiter l’Exposition mais les organisateurs introduisirent « les journées shilling», où le prix du billet fixé à un shilling permettait à l’Exposition d’être accessible à tous. Attirant l’attention de syndicats de travailleurs et d’associations professionnelles de tout le pays, nombre de ces groupes organisèrent de manière formelle le transport, les billets et l’hébergement, jetant alors les bases de ce qui deviendra ensuite les forfaits vacances et excursions en groupe.

L'Exposition ouvrit également la voie à de futurs « événements de masse » en matière de gestion pratique et logistique de l’accueil de milliers d’exposants et de visiteurs. L’hygiène étant une préoccupation croissante, les organisateurs chargèrent George Jennings d’installer les premières toilettes publiques à chasse d’eau du monde dans les « cabinets de retraite » du Crystal Palace. Les visiteurs payaient 1 penny pour l’utilisation de ces facilités. C’est ainsi que naquit l’expression « to spend a penny » (« aller au petit coin »).

Toutes les inventions imaginables

À l'intérieur du Crystal Palace, étaient exposés plus de 100 000 objets, avec «toutes les inventions imaginables», selon les mots de la reine Victoria. 17 000 exposants étaient présents dont environ la moitié provenant du Royaume-Uni et de ses dépendances et l'autre de 24 autres pays à travers le monde, le tout réparti selon quatre sections: les matières premières, les machines, les produits manufacturés et les beaux-arts (comprenant l'architecture et la sculpture, mais pas la peinture).

De nombreuses innovations présentées à l'Expo 1851 étaient des icônes de l'ère industrielle, les exposants expliquant ainsi au public curieux comment chaque technologie pouvait contribuer au progrès pour tous. Ainsi le public pouvait admirer par exemple les dernières locomotives exposées par le Great Western Railway, des machines qui transformaient le coton brut en tissu fini par Hibbert, Platt and Sons, la presse hydraulique de Robert Stevenson et la presse d'impression rotative à tambour vertical d'Augustus Applegath qui pouvait faire 5 000 copies en une heure. Outre les machines exposées, l'attention des visiteurs était dirigée vers de nombreux nouveaux produits et services, notamment le « télécopieur » de Frederick Bakewell, une encre spécifique pour la lecture en relief à destination des personnes aveugles, des photographies stéréoscopiques (en relief) ou encore une présentation au sein de trois espaces de l’utilisation possible du caoutchouc vulcanisé - un produit nouvellement breveté par la société américaine Goodyear. La section France impressionna visiteurs et exposants avec une présentation magistrale du savoir-faire artisanal du pays, notamment la soie de Lyon, la porcelaine de Sèvres et l’émail de Limoges.

L’impact durable de la Grande Exposition

A sa clôture le 11 octobre 1851, la Grande Exposition fut considérée comme un succès gigantesque : l'événement avait accueilli plus de 6 millions de visiteurs et réalisé un bénéfice de 186 000 £ (soit plus de 18 millions £ aujourd'hui). La Commission Royale pour l’Exposition de 1851 réinvestit ce bénéfice dans la création d’un nouveau district de science et d'apprentissage à South Kensington. Le but de cet investissement était « d'augmenter les moyens d'enseignement industriel et d'étendre l'influence de la science et de l'art sur l'industrie productive », selon le Prince Albert. Sur ce terrain, bientôt surnommé « Albertopolis », furent édifiés le Victoria and Albert Museum, le Musée National d’Histoire Naturelle, le Musée de la Science, les Collèges Royaux d’Art et de Musique, le Collège impérial ainsi que le Royal Albert Hall. La Commission Royale pour l'Exposition 1851 existe toujours, elle attribue des bourses d'études et des bourses dans les domaines de la science, de la recherche, du design, de l'environnement bâti et de l'entreprise.

Le Crystal Palace, quant à lui, fut comme prévu démonté et reconstruit à Sydenham Hill dans le sud de Londres. Avant d'être détruit par un incendie en 1936, il fut converti entre autres en salle de concert, musée et jardin botanique.