La femme dans l'histoire des Expos

A l’occasion de la Journée de la Femme, le Bureau International des Expositions revient sur le rôle des femmes dans l’histoire des Expositions Universelles. Depuis 1851, année de la première Expo à Londres, la place des femmes a considérablement évolué et les Expos s’en sont fait les témoins.

 A la fois photographie du monde en un instant T et lieu d’éclosion du progrès, les Expos Universelles ont été, au moins jusqu’au milieu du XXème siècle, le théâtre de la lente évolution des mœurs et ont simultanément mis en avant le modèle de la femme au foyer, donné une vision active et intelligente de la femme et permis la création de réseaux de solidarité féminine.

Expo Philadelphie 1876 et Expo Chicago 1893 sont les exemples les plus parlants de cette époque où le statut inférieur de la femme dans la société était de plus en plus remis en cause. En 1876, une femme, Elizabeth Duane Gillespie, arrière petite fille de Benjamin Franklin, s’est battue pour créer, à l’Expo de Philadelphie, un Pavillon de la Femme qui serait non seulement un lieu d’exposition du travail des femmes mais qui serait également géré par elles, contrairement au Pavillon des Femmes de Vienne 1873 qui avait été conçu par des hommes. Il n’est pas étonnant que cette initiative ait émané des Etats Unis, la guerre de Sécession ayant propulsé de nombreuses femmes dans la vie publique, notamment au sein de la United States Sanitary Commission. 

1876-park-women-pavilion copie

Le pavillon des femmes de l'Expo de 1876

 Le Pavillon des Femmes de 1876 a mis en avant un grand nombre d’œuvres d’art réalisées par des femmes, mais également l’activité des femmes dans les œuvres caritatives et même dans la machinerie. 75 femmes ayant déposé un brevet ont ainsi pu exposer leurs innovations et l’ingénieur Emma Alison surprit les visiteurs en opérant le moteur produisant l’énergie pour tout le bâtiment : les femmes se montraient ainsi sous un jour nouveau, actives et professionnelles, même si les innovations présentées étaient majoritairement liées aux travaux domestiques.

A l’Expo de Chicago 1893, le rôle des femmes s’accentue avec la création du Comité des Dames Gestionnaires (Board of Lady managers) dont les 115 membres pouvaient nommer des membres de jury féminins dans les différents départements de l’Exposition et étaient chargés d’organiser et diriger le Pavillon de la Femme. C’est Mme Bertha Honoré Palmer, femme du millionnaire Potter Palmer, qui prit la direction du projet. A elle seule, elle incarnait cette femme prise entre deux époques, à cheval entre son rôle de faire-valoir de son mari et maîtresse de son propre destin.  

femmes, ONU, femme, pavillon, Expo universelle,

Le pavillon de la Femme à l'Expo de 1893

 Le bâtiment est conçu par une architecte, et l’intérieur décoré par de nombreuses artistes. Si ici encore le pavillon exposait des éléments liés au modèle de la femme au foyer, de la mère, de la mondaine ou de la domestique, le dynamisme et le talent de la femme étaient néanmoins mis en avant. Mais la véritable nouveauté de ce projet  réside dans la création d’un réseau international de femmes. En amont du projet, Mme Palmer avait entrepris un voyage en Europe où elle avait convaincu notamment les femmes de chefs d’Etats de l’époque de participer au pavillon. 40 pays contribuèrent ainsi au Pavillon de la Femme, donnant à la condition féminine une résonance internationale.

Par la suite, de nombreuses expositions développèrent des Pavillons de la Femme, telles que Expo Paris 1900 qui permit d’ailleurs la première participation des femmes aux Jeux Olympiques, Expo Paris 1937, ou encore les Expositions de 1967 à Montréal et de 1968 à San Antonio.

Le Pavillon de la Femme de 1900     

Le pavillon de la femme à l'Expo de 1900 

 

Affiche du Pavillon de la femme à l'Expo de Paris 1900

Affiche du pavillon de la femme à l'Expo de Paris 1900

Aujourd’hui, près de 150 après l’Expo de Philadelphie, il n’est plus question de limiter la participation des femmes à un pavillon spécifique, et elles sont elles-mêmes Commissaires ou Directrices des pavillons nationaux ou Commissaires Générales d’Expositions telle que Birgit Breuel qui dirigea l’Expo de Hanovre en 2000.

En tant que plateforme internationale de dialogue, les Expos Universelles continuent à ouvrir la porte à la création de réseaux internationaux. La prochaine Exposition Universelle Milan 2015, consacrée à l’alimentation, a lancé le réseau Women for Expo qui mettra en lien des femmes du monde entier et rassemblera leurs expériences, idées et innovations au sein d’une plateforme multimédia. Women for Expo sera également à l’initiative de conférences et  de tables rondes durant l’Expo qui aboutiront  à la « Charte pour les Femmes » qui regroupera 10 idées essentielles et applicables partout pour que l’alimentation devienne un droit universel.

Ce n’est plus une simple place à part qui est concédée aux femmes dans les Expos. Elles jouent maintenant un rôle à part entière dans la recherche de solutions aux enjeux de notre époque et de notre société.